« Julie & Julia », le livre ou le film ?

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Hello, hello !

Pour mon dernier post avant la fin de l’année, j’arrive enfin à me poser pour vous parler d’un livre (à 22h, c’est plus facile…). La saison se prêtant aux lectures au coin du feu, autant qu’aux soirées vidéo pelotonnés sous un plaid avec son amoureux, j’ai choisi Julie & Julia de Julie Powell parce que vous avez le choix entre le livre et le film (Nora Ephron, 2009).

En fait, après le premier article de mon « Café littéraire », cette lecture m’a été suggérée par  ma copinaute de Tea Time in Bloomsbury comme un excellent exemple de « food lit »(¹). Je me suis alors souvenue avoir vu le film, et j’ai donc déterré le DVD des tréfonds de mon meuble TV.

Bizarrement la première fois que j’avais vu le film, je ne l’avais pas plus apprécié que cela. Mais tout dans la vie n’est souvent qu’une question de timing, peut-être l’avez-vous  expérimenté vous-même. Si vous rencontrez l’homme de votre vie(²) à 20 ans, vous allez peut-être passer à côté de lui sans même vous en rendre compte, juste parce que ce n’était pas le bon moment pour vous, alors que 5 ou 10 ans plus tard, ce sera une évidence. Pareil avec le boulot de vos rêves. Et tant d’autres rencontres. Parfois, c’est juste une question de manque de disponibilité à l’instant T. Parfois il est nécessaire d’en passer par d’autres épreuves avant d’être prêt pour une personne ou une expérience.

Mais revenons-en à Julie & Julia, même si cette digression n’est pas tout à fait étrangère à cette histoire.  Je ne sais plus exactement à quel moment de ma vie j’ai vu le film pour la première fois. Mais toujours est-il que ça n’a pas « matché » à ce moment-là, comme on dit maintenant. Cette fois-ci, je m’y suis retrouvée. Et j’ai donc décidé de lire le livre. Pour vous en donner un aperçu, voici la 4ème de couv’:

Une jeune New-Yorkaise bientôt trentenaire, lasse d’enchaîner des boulots sans intérêt, décide de reprendre sa vie en main. S’emparant du vieux livre de cuisine de sa mère, L’Art de la cuisine française de Julia Child, elle s’invente un projet dément : réaliser les 524 recettes du livre… En un an ! Dans sa cuisine minuscule !

Avec un humour dévastateur et une pointe de folie, elle nous raconte ses pérégrinations de cuisinière, sa crise de la trentaine, sa mère envahissante, sa meilleure amie nymphomane… De réussites triomphantes en purs désastres, de crises de larmes en dîners alcoolisés, elle poursuit sa route pavée de mottes de beurre. Et s’aperçoit un jour que sa vie a changé.

Ce résumé n’est pas celui de mon édition (Points), mais de celle du Seuil parce que je le trouve plus parlant. Les premières éditions françaises, avant la sortie du film,  étaient sous-titrées « Sexe, blog et boeuf bourguignon » !! Tordant ! Ma blogueuse de référence de Papilles et Pupilles n’avait pas trop aimé ce sous-titre, mais après lecture, je trouve pour ma part qu’il colle très bien au texte et au ton.

En lisant ce synopsis, vous comprendrez sans mal ce qui m’a fait m’identifier au personnage de Julie (Powell, l’auteure, puisqu’il s’agit d’elle). Remplacez 30 ans par 40, enlevez le boulot de l’équation puisque j’ai été plus radicale, ma pointe de folie consistant à me lancer le défi d’avoir mon CAP pâtissier en candidat libre sans avoir jamais fait de pâte feuilletée de ma vie (:O),  les crises de larmes, je vous les épargne, et pour surmonter tout ça, je ne suis pas contre un bon cocktail de temps en temps (jamais tenté les gimlets dont raffolent Julie et son mari, mais je suis ouverte à la nouveauté ;-D).

Bref, le film m’a plu à la seconde vision. Peut-être parce qu’il a été réalisé par Nora Ephron (« Nuits Blanches à Seattle« , « Vous @vez un message« ,… et scénariste de « Quand Harry rencontre Sally » tout de même ! Si ça, c’est pas une référence !). Peut-être parce que Meryl Streep y joue le rôle de Julia Child, auteure du livre de cuisine française, et qu’elle est l’incroyable interprète que l’on sait (et pour moi, à jamais Karen Blixen dans le sublime « Out of Africa« ) . Peut-être parce que le parallèle entre les vies de Julie et Julia est fortement accentué par le scénario ce qui structure l’histoire et lui donne un rythme et une dynamique limpide.

Le livre est beaucoup plus succinct sur la vie de celle qui a inspiré Julie pour son projet, voire même qui l’a habitée. Pour être parfaitement honnête, j’ai eu un peu de mal à accrocher au livre que j’ai trouvé un peu brouillon: le cerveau de Julie s’épand parfois dans une logorrhée qui vous perd un peu au milieu d’une phrase de 10 lignes. Mais il faut reconnaître que certains passages sont franchement drôles et tellement vrais.

Le film offre une vision beaucoup plus « pudique » de l’esprit de Julie. A y regarder de plus près, je dirais qu’il propose une version soft et inversée de celle du livre : là où le film évoque le caractère très charnel du mariage de Julia avec son mari Paul autant que leurs difficultés à avoir un enfant, il fait l’impasse sur le langage de charretier de Julie, sa plume furieusement sexuelle et ses propres problèmes hormonaux qui représentent un risque réel de stérilité.

Par contre, le livre évoque beaucoup plus la relation de l’auteure avec son blog et ses lecteurs. Elle y fait longuement référence à Samuel Pepys, haut fonctionnaire anglais du XVIIème siècle qui est surtout connu pour avoir écrit son journal intime de façon très détaillé pendant 9 ans, mais sûrement sans imaginer être lu un jour ce qui inspire à notre auteure/blogueuse la réflexion suivante :

« Il y a un sentiment d’excitation dangereuse proche de celui que procure la confession à ouvrir au monde entier votre vie et votre cerveau éminemment fascinants, accentué par le fait que l’Internet rend tout tellement plus rapide, fiévreux et passionnant. Mais je me demande si nous aurions encore les histoires de masturbation de notre ami Samuel, ou les récits de ses disputes conjugales s’il avait été blogueur plutôt qu’auteur de journal. C’est une chose de relater ses mésaventures sexuelles et sociales pour satisfaire à ses exigences masochistes intimes, mais de là à les partager avec le monde entier ? »

Et Dieu sait que Julie ne nous épargne rien, un étalage qui n’a pas dû être simple à vivre pour ses proches. D’autant qu’elle n’est pas du genre américaine prude, même s’il ressort de son récit l’impression d’avoir affaire à une sorte de nunuche, mais c’est plus du fait de ses mésaventures. Je me suis dit qu’elle ferait peut-être mieux de faire un peu plus l’amour avec son mari pour évacuer ses pulsions, plutôt que de vouloir à tou prix nous montrer son côté libéral-démocrate. En tout cas, les citations graveleuses ne manqueraient pas pour illustrer cet aspect du livre, mais j’ai surtout bien aimé un passage qui évoque le plaisir sensuel que l’on peut prendre dans l’acte de cuisiner :

« Je ne sais pas exactement quand j’ai découvert que l’acte culinaire, en particulier s’il s’agit d’une recette complexe ou vraiment difficile à réaliser, recèle des possibilités inattendues de sensations gustatives aussi bien que sexuelles […] Chacun sait que certains aliments sont aphrodisiaques quand on les mange. Ce qu’on dit moins, c’est que d’autres peuvent produire le même effet quand on les prépare. Je trouve plus érotique, en guise de préliminaires, de livrer bataille à une pâte à brioche récalcitrante que de me faire déposer une jolie fraise dans le bec. »

Et la cuisine, dans tout ça, justement ? Vous ne trouverez pas de recettes détaillées dans ce récit puisqu’elles sont réalisées d’après un livre de cuisine existant qui est en lui-même une référence pour toute ménagère américaine qui se respecte. Mais vous rirez beaucoup des déboires de Julie et son mari pour extraire la moelle d’un os sans les outils adéquats(³), vous imaginerez sans mal la répugnance des lecteurs du blog à la voir se lancer de nouveau dans l’aventure des aspics après son premier essai et  vous évaluerez votre propre détermination en cas d’obligation de tuer un homard de la façon qui vous conviendra le plus : en le coupant en 2 ou en le congelant. Mais vif dans les 2 cas.

Pour illustrer son propos, en particulier s’il s’agit de se ridiculiser avec un de ses ratés, Julie n’hésite pas à nous donner des détails dans son style impayable. En voilà un exemple qui me parle d’autant plus que je suis dans les crèmes au beurre jusqu’au cou (et qui ne s’est jamais trompé dans la compréhension des instructions d’une recette ?):

« J’avais préparé le premier glaçage, la Crème au beurre ménagère, sans la moindre difficulté, et le deuxième, la Crème au beurre au sucre cuit, qui aurait dû être aussi facile si au moins j’avais su lire.[…]

Les deux fois , j’obtins un mélange de beurre mousseux et de jaunes d’oeufs granuleux […] Tout d’abord, je crus que  c’était à cause du stade du « sirop au petit boulé ». J’en avais beaucoup entendu parler sans vraiment y croire, comme le lapin de Pâques, ou le père Fouettard, exemple plus approprié dans ce cas. Ce n’est qu’à la troisième lecture que je remarquai l’indice caché: « …Verser immédiatement en filet dans les JAUNES D’OEUFS sans cesser de battre au fouet. »

Vous voulez dire les jaunes d’oeufs avec le beurre, Julia, non ? Regardez, vous dites vous-même , au paragraphe 2 : « Déposer les jaunes d’oeufs dans le saladier… » LE saladier, vous voyez ? C’est-à-dire le saladier à côté de moi qui contient le beurre battu, non ? Dans lequel on doit mélanger  les jaunes d’oeufs. Ma logique est implacable. [Quoique…] regardez, à gauche, dans la liste du matériel nécessaire : DEUX saladiers de deux litres. Pas UN. Un pour le beurre. Un pour… juste pour m’assurer que nous nous comprenons, les jaunes d’oeufs.

Ah. »

Au final, si vous voulez passer un bon moment avec une sorte de Bridget Jones des fourneaux, complètement azymutée et un brin dépravée (dans son propos du moins), ce livre devrait vous plaire. Si vous voulez une version plus hollywoodienne de cette histoire, avec la grande Meryl Streep en prime, optez pour le film. Mais ne vous attendez à aucun chef d’oeuvre. Dans tous les cas, si vous aimez faire la cuisine et/ou bloguez et/ou êtes en pleine refonte de votre projet de vie, « Julie & Julia » vous parleront. Littéralement.

Julie et Julia Bande-annonce VO

Au fond, le livre et le film délivrent le même message : ces deux femmes, à 50 ans d’intervalle, ont été sauvées, ou plutôt se sont sauvées elles-mêmes, de l’ennui et ont donné un nouvel élan victorieux à leurs vies en se prenant en main et en s’épanouissant  dans un projet qui devint une passion, un métier, une renaissance.

Un belle résolution pour la nouvelle année à venir, non ?

A très vite !

signature blog bis.001

¹ un thème définitivement à la mode à l’heure où même le grand chef Thierry Marx se met à co-écrire des romans policiers dans le monde de la cuisine moléculaire ! (On ne meurt pas la bouche pleine , co-écrit avec Odile Bouhier, chez Plon)

² je dis « l’homme de votre vie », mais lisez « femme » si vous préférez et entendez-y ce que vous voulez en fonction de vos convictions en matière de relations amoureuses : âme soeur, futur mari, père de vos enfants, compagnon de route, le meilleur coup de votre vie (Julie, sors de ce corps !)…

³ voilà qui me fait penser à cet article. Et la boucle est bouclée.

8 commentaires sur “« Julie & Julia », le livre ou le film ?

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  1. C’est un bonheur cet article ! J’adore cette rubrique et en plus elle me donne faim !
    J’ai adoré le film et ton article est génial ! Je sais, je l’ai déjà dis mais j’ai du mal à me concentré avec l’alarme fumée du voisin du dessus qui n’inquiète personne, même pas les pompiers puisque ça fait des heures que ça sonne !
    Bref, j’ai adoré le passage sur Samuel Pepys et je crois qu’une partie de moi a envie de lire son journal intime … D’ailleurs ce serait pas mal de mettre en image son journal intime façon BD !
    Enfin voilà, je ne sais plus ce que j’avais à ajouter à cause de cette foutue alarme … mais en tout cas merci pour cet article drôle, vivant et flamboyant !
    Biz !

    Aimé par 1 personne

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